Résumé : Un pirate s’échoue sur les rivages de Carcosa, la Cité d’Ailleurs. Persuadé d’être mort, il est amené par Maar, un aveugle qui semble tout savoir de lui, au Roi en jaune. Ce dernier, hanté par le souvenir de ses amours, lui propose de revenir à la vie s’il parvient à le débarrasser de sa malédiction. Commence alors la quête du pirate à la recherche de son propre trésor perdu, Ananova, la femme qu’il a tant chérie et pleurée. Avec Le Livre jaune, Michael Roch nous plonge dans un drame féerique et poétique aux confins du cosmos, derrière Hastur, Aldébaran et les Hyades.

Le Livre Jaune est clairement un roman d’inspiration lovecraftienne, autant pour l’univers que pour l’écriture. En effet, le style de l’écrivain se révèle très poétique, une prose au vocabulaire riche qui vous transporte dans un tourbillon d’émotions, à la limite du psychédélique. L’écriture ressemble beaucoup à celle de Lovecraft pour une raison : l’auteur décrit parfois des choses indescriptibles, dont l’esprit humain a du mal à concevoir. De plus, les tournures de phrases, qui oscillent entre très alambiquées et simples, rendent la lecture non pas périlleuse mais fascinante.
L’histoire est divisée en trois actes. On y trouve quelques flash-back qui resituent le cœur de l’intrigue, et assouvissent la curiosité du lecteur. Car, les explications viennent au fur et à mesure que l’histoire avance, et l’on comprend ce qu’il se passe en même temps que le narrateur. Logique, vu que c’est écrit à la première personne. Cela nous permet de mieux nous imprégner des pensées du pirate, et de ressentir toutes les émotions qui le traversent.
Ce roman fait référence au Roi en jaune, un recueil de nouvelles de l’écrivain américain Robert W. Chambers, publié en 1895. D’ailleurs, le Roi en jaune est un des personnages principaux de cette fiction. Il est au cœur de l’intrigue, au centre d’un triangle amoureux, déchu. Le Roi en jaune est également présent dans La Quête onirique de Kadath l’inconnue, de H.P. Lovecraft, où il est assimilé à un grand prêtre dont le visage est voilé de jaune.
Ce roman narre une histoire d’amour perdu, terminé, échoué comme le pirate sur les rivages de Carcosa. Le deuil de l’être aimé est omniprésent dans ce roman, autant à travers le personnage du pirate, qu’à travers celui du Roi en jaune, qui se souviennent et se consolent de la femme qu’ils ont perdue. Ces deux êtres pourtant différents, se retrouvent comme le miroir l’un de l’autre devant ce drame sentimental.

Maintenant, je vais vous soumettre ma propre analyse de ce texte, que j’ai réalisé à partir de ce que j’ai ressenti et de ce que j’ai pu conclure quant aux différentes péripéties qui rythment le roman. Pour moi, l’auteur réalise une métaphore de la dépression, à travers tout le roman. En effet, l’histoire qui nous est contée, se déroule en réalité, dans la tête du protagoniste. Tout ce qu’il vit se passe dans son esprit, et se traduit par des métaphores constantes. On peut observer les rouages psychologiques propres à la dépression.
Les monstres, l’architecture bancale, la foule inquiétante, renvoient aux mécanismes qui régissent les émotions, et parfois l’absence d’émotions que l’on peut ressentir. Ces sentiments peuvent se rapporter au deuil amoureux, néanmoins, je trouve que les ressentis du personnage sont vraiment très forts et très profonds, trop pour n’être qu’un simple chagrin d’amour. L’auteur nous décrit bien la dépression qui suit la perte d’un être cher, la descente aux enfers que peut vivre un être humain et l’acceptation d’un passé révolu.
C’est un livre très puissant et je suis heureuse d’avoir découvert Michael Roch par ce roman. L’écriture m’a beaucoup plu, et par la même occasion, j’ai découvert sa chaîne YouTube « La Brigade du Livre », où il se révèle fascinant à écouter (autant qu’à lire). Une très bonne surprise, pour une grande fan des récits d’inspiration lovecraftienne comme moi !
C’est un roman assez court, mais dont on savoure chaque page. (En rajoutant au passage, que la couverture du livre est superbe).
Extrait : « Je ne t’aime plus, et je ne sais pas pourquoi. C’est ce que m’avait dit la vie, dans un souffle, à l’aube de mon dernier voyage. En moi, ne battait plus rien, ni le cœur, ni le temps, mais l’écho d’un chant qui n’existait plus sous ces contrées. »
