Madame Einstein – Marie Benedict

Résumé : « Zurich, 1886. Mileva Maric quitte sa Serbie natale et décide de braver la misogynie de l’époque pour vivre sa passion de la science. À l’Institut polytechnique, cette étrangère affublée d’une jambe boiteuse, seule femme de sa promotion, est méprisée par tous ses camarades. Tous, sauf un étudiant juif farfelu, aux cheveux ébouriffés, stigmatisé par sa religion. C’est Albert Einstein. Les deux parias tombent aussitôt amoureux. Et élaborent ensemble leur pensée scientifique. Mais y a-t-il de la place pour deux génies dans un même couple ? De drames domestiques en humiliations conjugales, Mileva apprend la dure réalité du mariage, passé les premières ferveurs de l’amour. »

Ce roman est avant tout une fiction qui reprend la vie de la femme d’Einstein, de son entrée à l’université polytechnique en Suisse, jusqu’à sa mort, avec de nombreux flashbacks qui retracent l’enfance de notre héroïne.

Il dépeint le quotidien d’une femme avec une grande ambition scientifique dans les années… Un quotidien pas facile, compte tenu des aprioris qui pèsent sur les femmes de cette époque, sans compter les attentes que la société a envers elles. La bonne épouse, la bonne mère, la femme parfaite sait tenir un ménage.

C’est le choix que va devoir faire Mileva Maric, le mariage ou la carrière scientifique. À travers le journal intime de la femme du célèbre scientifique Einstein, nous allons être plongées au cœur de cette époque où les femmes commencent tout juste à faire entendre leur voix. Il ne fait aucun doute pour elle que sa carrière sera sa vie. Mais c’est avant qu’elle ne fasse la rencontre d’un homme aux grandes idées.

L’autrice nous peint le portrait d’un homme farfelu, mais avant tout d’un homme, avec ses qualités et ses défauts. Et des défauts, il en a ! ça n’est pas l’homme parfait évidemment, mais le cœur a ses raisons. Tout deux sont des passionnés, mais l’un est une femme et l’autre un homme. Et dans une société encore très patriarcale, cela fait toute la différence.

Ce roman, c’est aussi le portrait d’une femme, de ses valeurs familiales, religieuses, ses envies, ses ambitions contrariées, ses difficultés à s’affirmer dans un monde d’hommes, son handicap, sa détermination et sa sensibilité. On découvre l’histoire d’une femme qui a bataillé pour faire valoir ses choix et ses droits.

C’est une histoire d’amitié, d’amour, sur un fonds de réalités historiques et de théories scientifiques. On découvre comment la science est en train d’être révolutionné par de nouveaux penseurs scientifiques, comment l’innovation rencontre le conservatisme d’une Europe encore bien ancrée dans ses valeurs patriarcales et un antisémitisme croissant.

C’est l’histoire de plusieurs combats rudement menés, de défaites, de victoires, de désillusions, d’espoir. Je conclurais par cet adage qui correspond tellement bien à ce livre : derrière chaque grand homme se cache une femme.

Extrait : « Prendre la parole avant lui aurait été perçu comme une marque d’insolence extrême, et je ne pouvais me permettre un jugement de ce type dans la mesure où beaucoup assimilaient déjà ma présence dans cette école à une provocation. Il me fallait trouver le juste équilibre entre ma détermination à avancer sur un sentier encore peu battu et le respect des convenances que l’on attendait de moi.« 

Infestation – Ezekiel Boone

Résumé : « Il y a d’abord eu la nuée noire qui a englouti un homme, les irrégularités sismiques qui ont intrigué les scienti­fiques en Inde, la bombe atomique que la Chine a, de façon incompréhensible, lancée sur son propre territoire. Puis le laboratoire de la zoologue Melanie Guyer a reçu un colis contenant un mystérieux sac d’œufs. Personne ne se doutait encore que, du jour au lendemain, la Terre serait consumée par des araignées tueuses en sommeil depuis des millénaires.
Très vite, Los Angeles n’est plus qu’un champ de ruines. New Delhi, une rumeur. Quant à Paris… Ravalée au rang de simple maillon dans une chaîne alimentaire dominée par le plus puissant prédateur que la nature ait connu, l’humanité semble avoir rejoint le contingent des espèces en voie de disparition.
Malgré l’ampleur des dégâts, politiques, scientifiques, survivalistes, bons pères de famille, tous tentent de s’or­ganiser pour lutter contre la menace. Quand, soudain, contre toute attente, les araignées semblent se retirer et mourir. L’humanité serait-elle sauvée ? N’y aurait-il plus qu’à panser les plaies du plus grand fléau de l’histoire ?
« 

Après Éclosion, le deuxième volet Infestation continu de nous plonger dans l’horreur, mais cette fois, d’une manière latente. Durant tout le roman, nous sommes dans l’attente d’un phénomène que l’on sait inéluctable mais dont on ignore tout. Les araignées se sont reproduites. Selon un schéma répétitif mais illogique. Enfin c’est ce que l’on croyait.

Ce roman est donc le deuxième volet d’une série de 3 tomes. Il relate la manière dont des vagues d’araignées, après être apparu un peu partout dans le monde et semés la panique, se sont arrêtées pour laisser place à quelque chose de beaucoup plus effrayants. Le monde est désormais infesté d’araignées, encore plus grosse que les précédentes.

On suit toujours les mêmes personnages, dans différents endroits du monde. Les sauveurs, scientifiques, militaires et civils, tous cherchent une solution à cette catastrophe, mais par-dessus tout cherchent à répondre à la principale question : pourquoi ? Pourquoi ces araignées arrivent-elles maintenant, après 10000 ans d’hibernation ? Pourquoi suivent-elles ce schéma incompréhensible ? les réponses apporteront une solution, ils en sont sûrs !

Toujours une écriture addictive, des rebondissements discrets mais bouleversants de révélations. Même si on ne saisit pas tout, la tension qui règne nous fait prendre conscience que ce qui va suivre sera très très important et changera toutes les perceptions que nous avions (les personnages et nous-mêmes) du problème.

J’ai hâte de commencer le troisième tome Destruction, et de savoir enfin le fin mot de l’histoire. Savoir pourquoi les araignées agissent ainsi, si l’humanité va subir cette invasion de manière cyclique… Tant de question sans réponse !

Extrait : « Je vous ai tous écoutés, dit Stéphanie en regardant l’assemblée de militaires, mais vous, vous ne m’avez pas écoutée et vous n’avez pas écouté les scientifiques non plus. Les Chinois ont paniqué et ils vont le payer cher. Quand ils ont lancé leur première bombe nucléaire, ils pensaient que l’invasion était limitée à la province du Xinjiang et qu’ils pourraient la contenir. Mais vous savez qu’ils ont eu tort et n’ont pas pu contenir l’invasion.« 

Cadavre exquis – Augustina Bazterrica

Résumé : « Un virus a fait disparaître la quasi-totalité des animaux de la surface de la Terre. Pour pallier la pénurie de viande, des scientifiques ont créé une nouvelle race, à partir de génomes humains, qui servira de bétail pour la consommation.
Ce roman est l’histoire d’un homme qui travaille dans un abattoir.
« 

Quelle claque ! Ce livre est brut, froid, implacable. Ceux qui ont lu le livre me contrediront certainement en lisant cette première phrase. Mais laissez-moi vous expliquer. Ce n’est pas tant le style de l’auteur que je décris, mais plutôt l’histoire en elle-même. On découvre une société à l’âme déviante et immorale, mais au visage lisse et trompeur.

Il y a beaucoup de choses à dire sur ce livre. Commençons pas une des choses qui m’a le plus interpellée. Ce livre est gore ! Oui, encore un je sais. Mais pour la peine, les âmes sensibles s’abstenir. C’est très détaillé et ça en fout partout. Il m’a fallu beaucoup de courage et de retenue pour continuer à tourner les pages (bon par contre je dois être complètement dérangée puisque je me suis surprise à avoir faim à certains moments, mais pour ma défense c’était l’heure sacrée du goûter !).

Quand je dis que ce livre est brut, c’est-à-dire qu’il ne prend pas de pincette pour vous montrer toute l’horreur de la situation. Ce qu’il se passe dans un abattoir est largement décrit en long en large et en travers. Que vous le vouliez ou non, vous serez parfaitement renseigné sur la manière dont on traite un « animal » dans ce genre d’endroit. Une manière très habile de l’auteur pour vous faire prendre conscience que manger de la viande venue des abattoirs, vous rend complice de ce genre de pratique dégueulasse (je tiens à préciser que je ne suis pas végétarienne, ni autres…).

Quand je dis qu’il est froid, c’est principalement par rapport aux agissements de tous les personnages de ce roman. Je m’explique. Tout au long de l’histoire, on nous décrit des personnages avec des problèmes personnels, au parcours compliqué, ou bien à qui il arrive des choses horribles. On attire la sympathie sur ces personnes, qui sont pourtant complices d’un immense massacre de masse, d’un trafic inhumain, et d’actes odieux. Bien sûr, rien n’est décrit comme ceci, car ce qui est convenu et accepté par la société ne saurait être jugé mauvais par elle-même. Pour les gens de ce monde, il est tout à fait normal ce que l’on fait subir à ces « bêtes ».

Ces « bêtes », ces « animaux », vous l’aurez peut-être compris, ne sont pas vraiment des animaux. Mais vous en dire plus serait déjà trop vous en dire. Je vous laisse le soin de découvrir, si vous le souhaitez, l’histoire de cette dystopie. L’auteur fait une vive critique de notre société actuelle. Ce monde est à mettre en parallèle avec le nôtre. Malgré le dégoût que nous inspirent les personnages de ce livre, force est de constater que nous leur ressemblons. C’est pour cela que ce livre dérange, il nous renvoie une image de nous-même, que nous ne voudrions surtout pas regarder. On nous force à comprendre notre propre réalité.

Et pour finir, quand je dis qu’il est implacable, c’est surtout par rapport à la fin. Cette fin qui m’a estomaqué ! J’en suis restée bouche bée, presque choquée . (J’ai lâché un gros « quoi?! » bien sonore dans la médiathèque…). Cette fin met notre côté obscur au pied du mur. Nous qui pensions nous en sortir, découvrons qu’en réalité, nous en réalité égoïste, cruelle et entièrement conditionnée par la société. C’est dur, c’est tranchant comme la lame d’un boucher. Ce livre est marquant, mais dans le bon sens, malgré le fait qu’il soit très ardu à supporter pour les plus sensibles.

Extrait : « ça a une vibration, une chaleur douce et fragile qui le rend particulièrement délicieux. Mordre dans une vie. C’est le plaisir de savoir que, par votre intention, par votre action, cet être a cessé d’exister. C’est sentir expirer doucement cet organisme complexe et précieux, et qui a d’ores et déjà commencé à faire partie de vous-même. Pour toujours. Ce miracle me fascine. C’est une possibilité d’union indissoluble.« 

Un livre excellent à déguster pendant Halloween !

La saison de la sorcière – Roland C. Wagner

Résumé : « Une vague d’attentats tout aussi déroutants qu’inexplicables ébranle les symboles de puissance des nations les plus industrialisées. L’Europe est particulièrement touchée par cette nouvelle forme de terrorisme à nulle autre pareille, qui fait usage de forces surnaturelles mais épargne les vies humaines. Pour les États-Unis, puissance tutélaire et parangon impérial(iste) du monde occidental, la lutte contre les « sorciers du tiers monde » est une priorité absolue, voire une mission sacrée. Qui ne s’embarrasse d’aucune demi-mesure : recrutement à tour de bras de bataillons de mages soldats, invasion de la France et d’une partie de l’Europe sous prétexte de « protéger » le Vieux Continent… La tension internationale est à son comble. C’est dans ce contexte global de lutte acharnée contre les « forces du Mal » que Fric, jeune zonard français fraîchement sorti de prison, doit entamer sa réinsertion…« 

Ce livre est complètement loufoque ! C’est vraiment de la science-fiction qui regroupe pleins de clichés digne d’un scénario de films américains, mais tourné en dérision très subtilement. Des sorciers, des militaires et des manifestations surnaturelles en pagaille. C’est drôle et en même temps, c’est tellement incroyable qu’on a envie de savoir où l’auteur va nous mener.

On plonge directement dans le roman par l’apparition d’un gigantesque ptérodactyle qui vient arracher la Tour Eiffel pour l’emporter au loin. Déjà, le début donne le ton du roman : « c’est quoi ce bordel ? ». Ensuite, tout au long du récit, on alterne entre le point de vue d’un groupe de militaires, d’une sorcière et d’une bande de voyous des cités, en particulier un qui sort tout juste de prison et tente de se réinsérer dans la société (ce qui d’ailleurs n’est pas vraiment un franc succès).

Mais le livre va plus loin qu’un simple scénario écrit pour vous divertir. C’est aussi une magnifique critique de la puissance, trop puissante d’un état, qui cherche à s’accaparer le monde sous couvert de le sauver. On peut y voir un remix de l’invasion Irakienne par les États-Unis, sauf que ce n’est pas l’Irak qui se retrouve occupée, mais la France. Et c’est étrange de constater qu’on arrive beaucoup plus facilement à se représenter les dérives qu’occasionne l’invasion d’une puissance mondiale, quand il s’agit de son propre pays.

Parce que oui, ici, les États-Unis n’ont pas le beau rôle. Ils sont envahissants, violents et profitent de leur situation de soi-disant sauveurs pour se permettre tout. J’y vois une sorte de parallèle avec l’occupation nazie. Mais l’auteur les tourne en ridicule d’une manière très drôle : trop patriotique, bête et pervers, voilà comment les soldats sont décrits.

Ce livre parle aussi de problèmes qui restent malheureusement toujours d’actualité. La marginalisation des banlieues, le terrorisme, la peur engendrée par l’image que les gens se forgent sur ces deux sujets, la pauvreté, la misère, l’exclusion sociale. Même si les péripéties et le ton sont très décalés, on assiste à la représentation d’un monde semblable au nôtre, avec les mêmes peines et les mêmes problématiques. On peut alors voir ce livre comme une sorte de roman satirique déjanté.

Extrait : « Cette chose sans nom n’est pas immense, elle est titanesque. La preuve ultime en est apportée lorsque, freinant sa chute de ses ailes à nouveau déployées, elle s’immobilise un bref instant au-dessus de la tour Eiffel. Dans la lumière rasante du soleil levant, l’ombre de la bête s’étend jusqu’aux coteaux de Saint-Cloud.« 

Simetierre – Stephen King

Résumé : La famille Creed (Louis, médecin, sa femme Rachel, leur fille Ellie, le bébé Gage et leur chat, Church) viennent emménager dans la petite ville de Ludlow, dans une grande maison ancienne. Louis fait la connaissance du vieux Jud Crandall, son voisin d’en face, qui lui montre le quartier et particulièrement un petit cimetière aux animaux avec sa pancarte mal orthographiée créé par les enfants de la ville. Un jour, le chat se fait écraser. Creed décide de l’enterrer avant que les enfants ne découvrent le désastre, et demande de l’aide à Jud. Pendant qu’ils enterrent le chat, le vieil homme lui raconte à demi-mots une légende qui court sur ce cimetière. Puis le chat revient. Vivant. Mais pas tout à fait le même. Et c’est alors qu’un nouveau drame surgit.

Simetierre est peut-être le livre le plus perturbant et triste que j’ai lu. On reconnaît tout à fait le style de Stephen King, dans la manière de décrire les émotions, de s’attarder sur des détails qu’on jugerait insignifiants et qui pourtant font toute la différence.

L’histoire de cette famille et des drames qu’ils rencontrent, porte avec elle une vision de la mort dans son ensemble. Ce n’est pas juste une histoire de morts-vivants, c’est aussi la description des étapes du deuil, de l’acceptation de la mort, ou plutôt de sa non-acceptation.

On y lit une sorte de moral comme quoi il ne faut pas chercher à changer le passé, la mort est inévitable et il y a bien pire que la mort. Au final, la mort c’est dur pour ceux qui restent. Pour cet aspect-là, la lecture est assez déprimante, car la détresse du père est tellement palpable que cela en devient éprouvant.

C’est une des choses que j’adore chez Stephen King, c’est que l’on ressent les émotions du personnage. On vit dans sa tête, au plus proche de ses sentiments. C’est si réaliste, qu’ils en déteignent sur nous. Alors forcément, ce livre est très dur psychologiquement.

En plus de cela, on a peur. Mais ici, la peur ne vient pas d’un phénomène surnaturel, on a surtout peur pour la santé psychologique du personnage, on se dit qu’il faut qu’il arrête mais il continue, alors on se dit qu’il est en train de devenir fou, et on se demande jusqu’où va aller cette folie ?

Pour faire une petite comparaison avec le film, certains éléments de l’histoire ont été modifiés (des éléments parfois essentiels), même la fin n’est pas la même. Alors si cela peut dérouter au premier abord, je ne m’en suis pas offusqué dans la mesure, où le film est un condensé du livre. Donc, il n’a pas la même puissance dans le ressenti et l’appropriation des personnages. C’est un film d’horreur comme un autre quoi.

Dans un sens, c’est un des meilleurs livres de Stephen King que j’ai lus, car il m’a vraiment touché. Je me suis sentie mal, déprimée pendant ma lecture car je ressentais vraiment toutes les émotions du personnage. Je le recommande donc pour ceux qui ne sont pas trop sensibles au concept de la mort.

Pour conclure, je dirais que ce livre est vraiment mortel ! (Haha haha… Ok je sors).

Extrait : « Les yeux exorbités, le visage livide, les cheveux hérissés sur la tête, il hurlait ; le son qui s’échappait de sa gorge était assourdissant comme toutes les cloches de l’enfer sonnant ensemble ; et ces terribles cris discordants ne sonnaient pas le glas de son amour, mais celui, définitif, de sa raison ; toutes les images atroces qui s’étaient imprimées dans sa mémoire tourbillonnaient ensemble dans sa tête.« 

Nuit noire, étoiles mortes – Stephen King

Résumé : « Ne cherchez jamais à connaitre cet Autre qui sommeille en vous…
Dans la lignée de « Différentes Saisons », un King démoniaque où les mariages se disloquent sous le poids de secrets plus noirs que les ténèbres, où l’avidité et la culpabilité distillent goutte à goutte leur venin, où la seule certitude est que le pire reste encore à venir. »

Nuit noire, étoiles mortes / Format poche

Vous avez toujours voulu savoir ce que ressentait un tueur avant, pendant, et après son crime ? Stephen King a pensé à vous ! En lisant ce livre, vous allez vous mettre dans la peau de tueurs et vivre leur quotidien.

Ce livre est un recueil de plusieurs nouvelles à vous glacer le sang. L’auteur se place dans la tête des tueurs et nous laisse découvrir toute la chronologie d’un crime, de la motivation à l’élaboration du meurtre. C’est génialement décrit car on se surprend à comprendre le raisonnement des personnages et à les approuver, voire même à les encourager.

Les crimes en eux-mêmes m’ont mis particulièrement mal à l’aise, déjà à cause de l’aspect « gore » de certaines scènes, mais aussi à cause de la tension qui règne tout au long du roman. On a peur pour ces meurtriers qui font tout pour ne pas être découverts. Leurs superstitions deviennent les nôtres. On est happés dans un récit qui ne laisse aucun répit, aucune pause au lecteur, tout comme aux tueurs. Toujours aux aguets, on passe la totalité du livre à angoisser pour eux.

C’est vraiment un tour de maître de la part de l’auteur, et il fallait oser écrire une histoire de meurtres aussi bien détaillée, du point de vue des criminels. Et arriver à justifier plus ou moins les écarts de ceux-ci. Vengeance ou facilité, confort ou nécessité. Tout est soigneusement étudier pour nous donner l’impression que les victimes méritent leur sort (bien que pour certaines ça soit bien le cas).

Extrait : « La justice est du côté de celui qui la paie. Même en enfer il supposait que les damnés avaient le droit à une petite gorgée d’eau de temps en temps, ne serait-ce que pour mieux éprouver, quand elle revenait, toute l’horreur de la soif non étanché. Je ne lâchais pas des yeux le rat mort.« 

Éclosion – Alexis Zentner

Résumé : « Au cœur de la jungle péruvienne, une étrange et menaçante masse noire s’abat sur un groupe de touristes américains en excursion. Et les dévore vivants. Un peu partout dans le monde, des phénomènes anormaux et inexpliqués se produisent. Jusqu’à ce qu’en Chine, une bombe nucléaire explose, transformant tout l’ouest du pays en un vaste champ de ruines atomiques. Et ce colis qu’une scientifique spécialiste des araignées vient de recevoir, que contient-il ? Est-ce là, à l’intérieur de ce fossile qui semble lutter pour revenir à la vie après un sommeil de plusieurs milliers d’années, que se trouve la clef de l’énigme ? »

Portant bien son nom, Éclosion est le récit du début de l’apocalypse, incarnée par de petites bêtes se déplaçant en nuées : les araignées. Arachnophobes s’abstenir ! Néanmoins, la manière dont les événements sont relatés nous plonge vite dans une histoire captivante. Le premier chapitre donne directement le ton !

Ce roman est le premier volet d’une série de 3 tomes. Il relate la manière dont les araignées apparaissent un peu partout dans le monde et sème la panique. C’est littéralement l’éclosion de la peur, de la menace, du fléau de l’humanité.

On suit plusieurs personnages, dans différents endroits du monde. La plupart ne servent qu’à démontrer la puissance de la catastrophe qui s’abat sur l’espèce humaine. Ceux que l’on retrouve tout au long du roman incarnent un peu les sauveurs qui cherchent une solution à ce massacre.

C’est écrit d’une manière très fluide, qui rend le récit addictif. On veut absolument connaître la suite. L’auteur nous tient en haleine grâce à des chapitres décrivant précisément une attaque, en mêlant un point de vue objectif et subjectif. Il sait habilement jongler entre l’horreur et la peur, sans pour autant rentrer dans le « trop sanglant ».

Ce que je trouve intéressant, c’est que ce livre nous donne à voir une vision différente de l’apocalypse. On a pu voir des zombies, des monstres géants, des virus surpuissants, des aliens ou des catastrophes naturelles. Mais ici, l’auteur a choisi de prendre une petite forme de vie, (qui se révèle être la huitième plus grande phobie partagée dans le monde), et de la transformer en un fléau incontrôlable, inattendu et dévastateur.

On peut facilement s’imaginer à la place de tous les protagonistes, comprendre leurs réactions et souffrir avec eux. J’ai hâte de commencer le deuxième tome Infestation, et de savoir comment tout cela va finir. J’aimerais une fin catastrophique, ça serait vraiment classe et peu commun. J’espère que vous aimerez tout autant que moi ce livre !

Extrait : « C’était l’endroit parfait pour un reporter qui ne pouvait pas avoir de vraies images. L’opposition entre la peur et le chaos au beau milieu de l’oasis d’une tour d’ivoire. On voyait des étudiants qui marchaient à l’arrière-plan comme si rien ne se passait à une vingtaine de kilomètres de là. Le reporter jacassait avec une excitation, remplissant le vide avec le talent d’un pro qui brode sur des faits qui sont presque exclusivement des spéculations.
Et puis, les araignées envahirent le ciel.
« 

Vorrh – Brian Catling

Résumé : « La Vorrh est une forêt merveilleuse et effrayante. Tous ceux qui y pénètrent y trouvent soit la mort, soit l’oubli. Néanmoins, elle exerce une fascination quasi magnétique et un attrait irrésistible. On dit que le jardin d’Éden est dissimulé en son cœur. Personne ne l’a jamais explorée en entier, elle serait sans fin.
Pourtant, un homme a entrepris le périple. Un ancien soldat qui a tout abandonné pour suivre sa bien-aimée, Este. À sa mort, il a, suivant d’antiques rituels, emprisonné son esprit dans un arc et, écoutant ses murmures, s’est lancé sur la route…
« 

Le résumé avait l’air très très attrayant. Une forêt mystique, un peu de magie, une quête sans but, du mystère teinté de religion… Ce livre avait tout pour me plaire. Néanmoins… J’ai mis des plombes à lire ce livre ! J’avais l’impression d’avoir lu 100 pages que je n’en avais lu que 20. La lecture a été pénible, écartelée entre l’envie d’arrêter et le désir de savoir la suite.

Alors, pour être tout à fait honnête, ce livre est très très bien écrit. C’est une manière d’écrire que je n’avais jamais rencontrée, tout en description mais très directe, avec un soupçon poétique qui donne du charme aux phrases. C’est au niveau de l’articulation de l’histoire et des détails racontés que je n’ai pas accroché.

Il y a beaucoup de personnages, qui sont plus ou moins tous reliés entre eux. Mais il y en a beaucoup trop pour moi. On passe de l’un à l’autre au gré des chapitres et durant les 200 premières pages, j’ai été perdu par l’arrivée de nouveaux. En plus, ils ont pour la plupart des noms compliqués (on ne pourra pas reprocher à l’auteur de ne pas avoir eu d’imagination !), alors pour les retenir…

Et bien sûr ce que je n’ai pas aimé, mais c’est purement subjectif, c’est l’aspect un peu trop « gore » de tout ça. Il y a énormément de scènes de meurtres, d’opérations, où les détails sont si bien décrits que l’on ne peut s’empêcher de mettre une image sur chaque mot. C’est incisif, cru, parfois dérangeant. C’est brutal et à la fois si subtil, là je reconnais que l’auteur est un maître pour décrire ce genre de scènes.

Ce qui ressort le plus de ce livre, c’est la thématique de la différence. Quasiment tous les personnages ont une caractéristique qui les fait se sentir à part. On peut voir également comment le comportement humain se modifie face à l’inconnu, la différence. On perçoit les sentiments engendrés face la différence, l’indifférence… Peur, rejet, colère, haine.

Ce livre se lit selon la sensibilité de chacun. Pour ceux qui n’aiment pas les descriptions trop sanglantes ou trop brutales, je ne conseille pas ce bouquin. Pour les autres, allez-y, c’est assez impressionnant la manière dont l’auteur fait vivre ses personnages ainsi que la mystérieuse Vorrh…

Extrait : « L’aube, comme au premier jour. Les nuages plombés sont des mains caparaçonnées qui retiennent un soleil faible et flasque. L’obscurité énorme, carrée, s’éternise dans les hautes branches. Pluie et rosée dégouttent vers le sol âcre. C’est l’heure où le souvenir de la nuit disparaît, et avec lui la gravité qui garde son châle plaqué sur toutes les composantes de la forêt. Les chasseurs aux yeux bridés sentent ce basculement, la gloire de la noirceur qui s’enfuit et qui finira privée de pureté. La porte vulgaire du jour ne fait pas de quartier. Sa clarté insistante racontera des mensonges sur tout les êtres, obligeant la subtilité à battre en retraite à l’intérieur des arbres et de l’autre côté du ciel.« 

Le petit garçon qui voulait être Mary Poppins – Alejandro Palomas

Résumé : C’est l’histoire de Guille…
C’est l’histoire d’un petit garçon débordant d’imagination qui voue un amour sans bornes à Mary Poppins.
L’histoire d’un père un peu bougon, qui vit seul avec ce fils sensible et rêveur dont il a du mal à accepter le caractère.
D’une institutrice qui s’inquiète confusément pour l’un de ses élèves qui vit un peu trop dans ses rêves.
D’une psychologue scolaire à qui on envoie un petit garçon qui a l’air d’aller beaucoup trop bien.
Quel mystère se cache derrière cette apparence si tranquille, et pourtant si fragile ?
Un roman choral aussi tendre que bouleversant, qui emprunte à l’enfance toute sa sincérité désarmante pour dire l’amour, le vide, le rêve et la puissance de l’imaginaire.

Ce roman est un des plus beaux que j’ai jamais lu. L’histoire prend place en Espagne, et se raconte sous plusieurs points de vue. Les deux protagonistes principaux sont Guille, un petit garçon de 9 ans et la psychologue scolaire Maria.

Ce roman, c’est avant tout un puzzle que l’on découvre sous différents angles. L’auteur nous donne les pièces les unes après les autres et il faut essayer de les assembler pour comprendre les enjeux qui s’en dégagent.

Avec beaucoup de tendresse, l’auteur nous met face aux problématiques du deuil, du mariage forcé, de la différence, de l’acceptation. On perçoit tout l’espoir qu’incarne ce petit garçon de 9 ans, dont on entend la voix sincère, pure et criante de vérité. C’est un récit sans filtre qu’il nous livre, et son point de vue est très bien écrit, on entendrait presque sa voix nous raconter ce qu’il vit.

Les émotions qui se dégagent de ce récit sont tellement puissantes que j’en ai versé une (ou plusieurs) larme à la fin de ma lecture. Ce livre est beau, émouvant et prenant. Il donne beaucoup d’espoir et fera vibrer la sensibilité de chacun.

Extrait : « Tu es sûre Maria ? Est-u vraiment sûre que Guille ne sait rien ? » J’ai repensé à tous les dessins qu’il m’avait apportés, aux images, à nos conversations… et j’ai eu un doute. Soudain, j’ai eu un doute et j’ai pensé que peut-être ce que Guille dessinait et racontait n’était pas le fruit de son imagination, mais la réalité de ce qu’il vivait. »

La fracture – Nina Allan

Résumé : Le 16 juillet 1994 dans la région de Manchester, Julie Rouane, dix-sept ans, prétexte un rendez-vous avec une copine pour s’absenter du domicile familial… et disparaît pendant plus de vingt ans.
Longtemps après l’abandon de l’enquête par la police, faute d’indices concrets — Raymond Rouane, persuadé que sa fille est toujours vivante, continue à explorer seul toutes les pistes possibles. En vain. La mère de Julie et sa sœur cadette, Selena, tentent elles aussi de faire front, chacune à leur manière.
Puis un soir, Julie refait surface à l’improviste. Alors qu’on avait soupçonné que l’adolescente ait pu être enlevée et assassinée — un homme de la région ayant avoué plusieurs meurtres de femmes —, l’histoire que Julie raconte à Selena est tout à fait différente. Mais est-il possible de la croire ?

Lorsque l’on commence à lire les cinquante premières pages, on ne s’attend pas du tout à lire un livre de science-fiction. Et j’avoue avoir été surprise de comment l’auteur nous amène à une histoire à laquelle on aurait jamais pensé (même si les indices sont bien visibles).

Au départ, l’on est plongé dans un monde tout à fait normal, avec le point de vue de Selena. Selena qui essaye de reconstruire sa vie tant bien que mal après la disparition de sa sœur, qui même après plusieurs années, la marque encore au plus profond d’elle-même. On pense que l’on va poursuivre sur cette voie, même quand Julie, la sœur perdue, refait son apparition.

Et c’est là que soudain, on bascule dans un monde de science-fiction. Un monde inversé, comme un univers parallèle, où tout est différent mais pourtant familier. Cet autre monde m’a beaucoup intrigué car il s’y développe une histoire mystérieuse autour de deux planètes. C’est dommage que cette histoire ne soit pas plus développée, mais c’est sûrement une volonté de l’auteur. N’empêche qu’il y aurait matière à faire un autre bouquin !

L’auteur exploite la théorie des univers parallèles, et plus particulièrement la théorie qui impliquerait que tous les choix possibles correspondent à un univers particulier. Par exemple si j’ai le choix de manger une glace à la vanille et une autre à la framboise, il existe un univers où je décide de manger la glace à la vanille et un autre où je décide de manger la glace à la framboise.

J’ai beaucoup aimé le personnage de Selena, car elle a des réactions logiques. J’ai moins aimé le personnage de Julie, car même si ça fait partie du mystère, elle est trop secrète et ça en devient agaçant. À certains moments j’ai même eu envie de lui foutre des claques. Le seul autre point négatif est que certains éléments sont amenés comme un cheveu sur la soupe sans qu’on sache pourquoi, ni qui le dit, ni d’où ça vient. Et comme ça reste flou, on n’a pas envie de s’y pencher plus.

Mise à part cela, ce livre est vraiment pas mal, l’univers est bien construit, et toute la réflexion et le travail de recherche autour du vécu des personnes qui ont vu un proche disparaître sont rudement bien menés. C’est la partie que j’ai préférée, tous les moments qui racontent le quotidien de Selena avant et après la disparition de sa sœur, avant et après la réapparition de sa sœur.

Extrait : Le monde aurait dû m’être familier, mais ce n’était pas le cas. J’étais jour après jour dépassée par l’étrangeté de tout ce qui m’entourait. J’étais convaincue que tous les gens savaient déjà que j’étais une alienne, et que ce n’était qu’une question de temps avant que je fasse une connerie et confirme leurs soupçons.

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