Résumé: Straka est le nom de l’écrivain le plus énigmatique du XXe siècle. Auteur de dix ouvrages sombres et scandaleux, il aurait trouvé la mort en 1946, sans que nul n’ait jamais découvert son identité. D’aucuns pensent qu’il est lié au déclenchement de la Première Guerre mondiale, d’autres, qu’il est le nom derrière lequel se cache une sinistre société secrète ; quelques originaux disent même qu’il s’agit de l’esprit d’une nonne martyre s’exprimant par l’intermédiaire d’une fillette de 9 ans ! Éric, doctorant en lettres fasciné par cet auteur, tente de percer son mystère. Pourtant, seul, il piétine. Ce n’est qu’en retrouvant la copie égarée du dernier ouvrage de Straka, Le Bateau de Thésée, annoté par Jennifer, une autre étudiante, qu’il avance dans son enquête. La jeune fille a un esprit plus audacieux que le sien, et ses théories farfelues pourraient bien être plus proches de la vérité que les siennes. Travaillant de concert, les deux étudiants sont désormais tout près de découvrir l’identité de Straka. Un secret qui a pourtant défié le monde pendant près d’un siècle. Et certains sont prêts à tout pour le préserver… jusqu’à faire couler le sang.
Auteurs: J.J. Abrams et Doug Dorst
Editeur: Michal Lafont
Date de parution: 09/01/2014
S. est un roman qui peut se lire en trois parties (ou quatre si on compte les documents insérés dans le livre). La première partie correspond à l’histoire en elle-même, Le Bateau de Thésée de VMS Straka, la seconde correspond aux notes de bas de page, la troisième renvoie aux commentaires des deux étudiants, Eric et Jessica.
Globalement, c’est plutôt bien écrit, surtout pour ce qui est du Bateau de Thésée. Dans l’histoire, il y a de l’action, des rebondissements, du suspens et on ne s’attend jamais à ce qui va arriver.
Le titre “Le Bateau de Thésée” fait référence à une expérience de pensée philosophique au sujet de l’identité. Il s’agit d’imaginer un bateau dont chaque partie sera remplacée au fur et à mesure. A la fin, le bateau ne possède plus ses parties d’origine, donc on peut se demander s’il s’agit toujours du même bateau, ou bien d’un bateau différent.
Le fait de reprendre cette expérience de pensée et de la réadapter est une idée géniale et bien menée par l’auteur. Le personnage de S en devient très intéressant, car comme il ne se souvient de rien, il est comme neuf, il repart sur une page blanche où il peut écrire l’histoire, son histoire. Il est comme le lecteur, il ne sait rien de ce qui s’est passé avant, et donc il a tout à découvrir. Cela en devient plus facile pour le lecteur de s’identifier au personnage de S.
Son histoire est vraiment cool. Comme je l’ai dit précédemment, on y trouve multiples rebondissements et l’on va de surprise en surprise. Pour ma part j’ai adoré le style de l’auteur, qui arrive à mêler descriptions et actions sans problème. J’ai lu quelques critiques concernant certains passages longs comme les scènes sur le bateau, mais pour ma part, je trouve que cela fait partie du charme du livre. Pour parler des personnages, ils sont très bien décrits, et l’auteur joue un habile jeu de nous les enlever avant que l’on puisse s’attacher à eux. Ne reste plus que S, c’est en quelque sorte notre bouée.
L’histoire de la quête d’identité de S, fait écho à la quête de l’identité de l’auteur du livre par les deux étudiants. Parlons d’eux justement! Les deux étudiants font une analyse littéraire de l’oeuvre, qui débouche sur une véritable enquête pour découvrir ce qu’il est advenu de VMS Straka. A travers leurs notes sur le texte et dans les marges, on découvre deux personnages attachants auxquels on peut facilement s’identifier. Par contre, leur histoire est vraiment bateau (haha.. Bon d’accord c’était pas drôle). Sérieusement, on la voit venir à dix kilomètres et ça gâche la surprise.
On se perd aussi un peu dans leurs notes car ils y a un code couleur qui correspond à plusieurs temporalités, du coup il faut vraiment s’accrocher pour comprendre ce qui se passe. Et si on ne prend pas soi-même des notes, on finit par se perdre et ne plus rien comprendre (et encore même avec des notes c’est compliqué).
Et tout ça pour une fin décevante (autant pour les étudiants que pour S, mais pour ce dernier, Eric et Jessica nous l’explique). On se dit qu’on s’est trituré les méninges pour découvrir la vérité, et… C’est comme si vous vouliez faire un superbe ricochet sur l’eau, vous vous préparez à le lancer, vous étudiez la technique, faites quelques mouvements de poignets pour vous échauffer et lorsque vous le lancez, il fait un gros plouf et coule. J’ai refermé le livre en me disant : c’est tout? C’est ça la fin? Mais c’est nul!
Ajoutons à cela que les documents dispersés dans le corps du livre ne correspondent pas toujours au texte, n’ont parfois aucun rapport, et on ne comprend pas pourquoi ils sont mis là. Certains sont dans une autre langue donc ils ne servent presque à rien puisqu’on ne les comprend pas. Et concernant les notes de bas de page, le commentateur raconte un peu sa vie, cela donne des indices (enfin il faut les chercher loin parfois!), mais sans plus.
Alors oui, c’est un très bel objet livre, agréable à feuilleter (même si j’avoue que j’ai frémis en croyant que quelqu’un avait écrit dans les marges la première fois que je l’ai ouvert en librairie). L’histoire de S est très bien. L’histoire des deux étudiants est sympa. L’enquête en question est compliquée à suivre, donc si vous avez du courage et du temps, lancez-vous. Sinon ne vous prenez pas la tête et lisez-le sans chercher à comprendre. Lisez-le une deuxième fois si l’histoire vous a intrigué.
Ce n’est pas un livre que je recommande particulièrement. Après il fait toujours classe sur l’étagère.
Extrait : “Il relate des souffrances dont il a été témoin, d’autres dont il a seulement entendu parler. Il griffonne des élégies passionnées pour des gens qu’il n’a jamais vus et ne verra jamais. Il transcrit le journal de bord d’un capitaine racontant un voyage qu’il n’a pas fait sur un bateau où il n’est pas monté. Il dit (avoue?) les crimes secrets accomplis sur la terre ferme, bien que ces récits s’éloignent de la vérité pour basculer dans la distorsion et le grotesque alors qu’il – Héphaïstos sidéré et ravi – est là à transpirer dans une clarté orange, graisseuse, à regarder ses mains comme si elles ne lui appartenaient pas. »